« Si un individu s’expose avec sincérité, tout le monde, plus ou moins, se trouve mis en jeu. Impossible de faire la lumière sur sa vie sans éclairer, ici ou là, celles des autres »
Simone de Beauvoir – La force de l’âge
« L’information est le seul bien qu’on puisse donner à quelqu’un sans s'en déposséder. »
Thomas Jefferson,
l’un des rédacteurs de la Déclaration d'Indépendance des États-Unis,

De l'esprit des lois (1748)

Les lois inutiles affaiblissent les lois nécessaires.
Charles de Secondat, baron de Montesquieu

8 février 2010

Définition Inceste Mission parlementaire 2005

Mission parlementaire : faut-il ériger l’inceste en infraction spécifique ?
Introduction
Notion d’essence morale, sociologique ou ethnologique, l’inceste recouvre des situations multiples, allant du complexe d’Oedipe1 à des transgressions pénalement sanctionnées, en passant par des attitudes sexuellement équivoques mais non répréhensibles.
Apparu, semble-t-il, dans des écrits religieux vers 1350, ce mot vient du latin " incestus ", qui se traduit par non chaste, impur, souillé. Son antonyme, " castus ", peut également prendre le sens d’instruit, d’éduqué, de bien dressé, de conforme aux règles et aux rites.
Le caractère protéiforme de ce concept trouve une illustration concrète dans les nombreuses définitions existantes. Si certaines d’entre-elles font ainsi référence à la parenté, en parlant de " conjonction illicite entre des personnes qui sont parentes ou alliées au degré prohibé par les lois "2, d’autres s’intéressent aux liens du sang et du mariage, en renvoyant aux " relations sexuelles entre proches parents ou alliés dont le mariage est prohibé par la loi, par exemple père et fille, mère et fils, frère et soeur, oncle et nièce, tante et neveu "3.
Ceci illustre bien que l’inceste, en dépit de son universalité, est difficile à cerner tant il est une représentation que chaque culture se crée4, induisant par la même une diversité dans les degrés de sa prohibition5.
Des considérations, parfois controversées, d’ordre anthropologique, biologique et psychologique, justifieraient l’émergence de cet interdit absolu. Ainsi, en anthropologie, deux principales théories tentent d’expliquer le tabou de l'inceste. La première, finaliste6, met l’accent sur les conséquences de cet acte et
la préservation des structures sociales et familiales, tandis que la seconde, déterministe7, s’interroge sur les mécanismes à l’origine de l’exogamie8 et renvoie à l’éthologie, c’est-à-dire aux comportements des espèces animales dans leur milieu.
_______________
1 Laïos et Jocaste abandonnèrent leur enfant OEdipe de peur que la prophétie de la Pythie, selon laquelle il tuerait son père et épouserait sa mère, ne se réalisât. Découvrant le secret de sa naissance, OEdipe quitta ses parents adoptifs. Sur le chemin de Thèbes, il tua Laïos au cours d’une altercation, sans savoir qu’il s’agissait de son père. Une fois arrivé à destination, il épousa Jocaste, devenue veuve, après qu’il eut su répondre aux énigmes du Sphinx. Lorsqu’il eut connaissance de la réalité des faits, OEdipe se creva les yeux et fut banni de Thèbes, tandis que Jocaste se pendit.
2 Dictionnaire Littré.
3 Le Grand Dictionnaire de la Psychologie des éditions Larousse.
4 A la diversité des définitions et de leurs références – amour, rapport sexuel, mariage, lien de sang, interdit – correspond celle que l'on rencontre dans les cultures non occidentales. Plusieurs de celles-ci ne disposent d'ailleurs pas, pour qualifier l'inceste, de terme correspondant au nôtre. Par exemple, en chinois, la parole pour inceste signifie " désordre " ou " confusion dans les relations " ; en indonésien, " répugnant ". Il existe même des sociétés où manque un concept pour désigner les relations sexuelles prohibées entre proches parents : le phénomène de l'inceste y est considéré comme inimaginable et aucun terme ne permet de le qualifier ", in Jacques-Dominique DeLANNOY et Pierre FEYEREISEN, L'inceste, PUF, 1992.
5 Le mariage entre frères et soeurs est ainsi interdit dans le Coran (Sourate IV, Verset 23) et la Bible (Ancien Testament – Lévitique 18), mais était admis dans certaines castes en Afrique, au Pérou ou à Madagascar.
6 Parmi les tenants de cette théorie, on trouve notamment Emile DURKHEIM et Claude LEVI-STRAUSS.

7 Par exemple Edward WESTERMARK, Sigmund FREUD …
8 Principe fondé sur l’échange, voire le don.
Rendez-vous sur Hellocoton !

Aucun commentaire:

Enregistrer un commentaire