« Si un individu s’expose avec sincérité, tout le monde, plus ou moins, se trouve mis en jeu. Impossible de faire la lumière sur sa vie sans éclairer, ici ou là, celles des autres »
Simone de Beauvoir – La force de l’âge
« L’information est le seul bien qu’on puisse donner à quelqu’un sans s'en déposséder. »
Thomas Jefferson,
l’un des rédacteurs de la Déclaration d'Indépendance des États-Unis,

De l'esprit des lois (1748)

Les lois inutiles affaiblissent les lois nécessaires.
Charles de Secondat, baron de Montesquieu

10 décembre 2008

3/ Outreau : Les lettres de Kevin Delay au juge Burgaud

mercredi 10.12.2008, 14:00
par
Mickaël TASSART
L'écriture est soignée, preuve d'une application certaine même si le texte est truffé de fautes d'orthographe.
Il s'en excuse, Shérif, dit Kévin Delay, auprès du destinataire de sa lettre : le juge Fabrice Burgaud.
La Semaine dans le Boulonnais a pu consulter, sans en obtenir de copies, une lettre manuscrite, recto verso, envoyée par le fils aîné de Myriam Badaoui au juge critiqué pour sa gestion du dossier "Outreau".
En avril 2008, depuis sa cellule de la maison d'arrêt de Sequedin, dans le Nord, où il purge une peine de prison pour des cambriolages commis dans le Boulonnais, Kevin Delay adresse une missive à « Mr Burgaud », qu'il domicilie au « TGI de Paris. » « Je vous écris cette lettre pour vous remercier de tout ce que vous avez fait pour moi », commence l'enfant victime, aujourd'hui majeur.
La rancœur transpire d'un texte poignant. « J'ai fait une erreur de ne pas parler au tribunal de Paris », concède Kevin dans son courrier, en rapport à son audition devant la cour d'appel, en novembre 2005. Regret que Kevin a également exprimé auprès de Me Boyer, son nouvel avocat, qui dit de ne pas avoir eu connaissance de la correspondance de son client avec le juge Fabrice Burgaud.
Dans le secret du huis clos demandé par les parties civiles, Kevin s'était effectivement montré peu disert à Paris. Son assistante maternelle avait toutefois rappelé, qu'à la différence de ses frères cadets, volubiles à l'excès, Kevin ne s'était confié qu'une seule fois à sa "tata" pour évoquer les sévices subis à la Tour du Renard. Aujourd'hui, le jeune homme veut parler. « Tout le monde doit savoir ce qui s'est vraiment passé », fait-il savoir, à plusieurs reprises, dans la lettre. Quelques lignes plus loin, il veut « dire aux Français » sa version de l'affaire d'Outreau, évoquant l'idée « d'écrire un livre. » Dans son texte, Kevin parle de ses blessures. Des plaies toujours ouvertes : « J'ai failli me suicider », écrit-il.
« Ils ont détruit ma vie, je voudrais dire à la France ce que moi et les autres enfants avons subi. » De qui parle-t-il quand il écrit « Ils ont détruit ma vie » ? Et quel crédit apporter à cette déclaration ?
Me Boyer, qui a rencontré son nouveau client il y a peu de temps, est frappé par « sa force extraordinaire, qui tient de la survie. » Il concède toutefois que son travail a consisté « à canaliser cette fougue, à l'exprimer de manière posée en se tenant aux questions de droit. » Mais la lettre envoyée au juge Burgaud ressemble plus à un appel au secours.

Mickaël TASSART

La Semaine dans le Boulonnais Me Boyer : « A quoi ont servi les jurés ? » Maître Jean-Christophe Boyer, du cabinet d’avocats associés Boyer-Lampropoulos, dans le 15e arrondissement de Paris, est le conseil de Sherif (son prénom selon l’état civil) dit Kévin Delay, le fils aîné de Myriam Badaoui.
Comment Kevin Delay a-t-il choisi le cabinet parisien pour assurer sa défense? « Les bonnes personnes l’ont bien conseillé», élude seulement, agacé par la question, Me Boyer qui «veut s’en tenir à la plainte » déposée contre le procureur général de la cour d’appel de Paris, Yves Bot.
Selon l’avocat de Kévin Delay, le haut magistrat «a outrepassé les prérogatives du code de procédure pénal en s’exprimant publiquement sur le dossier avant son issue. » Pour Me Boyer, Yves Bot s’est invité dans un procès « dont il n’était qu’une des parties prenantes. » L’avocat parisien estime que les propos d’Yves Bot étaient de nature à fausser le jugement des jurés. « Les débats n’étaient pas clos quand Yves Bot a fait part de ses regrets, rappelle Jean-Christophe Boyer. Or, en se plaçant face aux caméras, dos à la cour, il savait que ses propos allaient être repris dans les journaux télévisés de 20 heures. Et pour 60millions de Français qui découvrent les images le soir même, les accusés sont déjà les acquittés d’Outreau. Tout le monde ne fait pas du droit et, aux yeux de l’opinion publique, Yves Bot représente la justice de ce pays.»
Me Boyer ne veut pas remettre en cause le jugement de la cour d’appel de Paris. «Ne me parlez pas du fond du dossier d’Outreau, je n’ai pas d’avis à donner là-dessus et ça ne m’intéresse pas de le faire», complète-t-il.
Mais pour lui, «le code de procédure pénal condamne une personne tenant des commentaires qui tendraient à influencer la décision d’une juridiction.» Était-ce le cas dans cette affaire ?
« Mettez-vous à la place des jurés qui n’ont pas encore délibéré, commande l’avocat de Kévin Delay. Ils se demandent à quoi ils vont servir puisqu’Yves Bot, drapé des habits de la justice, vient de présenter officiellement ses regrets. À ce moment, c’est comme si le procès était déjà fini. »
Pour lire la suite de l'article, cliquez sur le logo de La semaine dans le Boulonnais
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