« Si un individu s’expose avec sincérité, tout le monde, plus ou moins, se trouve mis en jeu. Impossible de faire la lumière sur sa vie sans éclairer, ici ou là, celles des autres »
Simone de Beauvoir – La force de l’âge
« L’information est le seul bien qu’on puisse donner à quelqu’un sans s'en déposséder. »
Thomas Jefferson,
l’un des rédacteurs de la Déclaration d'Indépendance des États-Unis,

De l'esprit des lois (1748)

Les lois inutiles affaiblissent les lois nécessaires.
Charles de Secondat, baron de Montesquieu

30 mai 2011

Au sujet des faux souvenirs ou fausses allégations

Une étude scientifique publiée dans le Journal of Consulting and Clinical Psychology aux États-Unis a démontré que 38% des femmes victimes d'inceste durant l'enfance ne se souvenaient pas de l'abus rapporté 17 ans auparavant1. Trois organisations professionnelles américaines (l'American Psychiatric Association, l'American Medical Association et l'American Psychological Association) reconnaissent également la réalité d'abus sexuels occultés2. La plupart des thérapeutes scientifiques et chercheurs déclarent que les survivants de ces abus tendent à nier plutôt qu'à exagérer leurs souvenirs horribles et que les mécanismes de répression et d'oubli sont très bien documentés dans les articles de psychiatrie3.
Par contre, dans les années 1980 se développa aux États-Unis un phénomène baptisé le « syndrome des faux souvenirs ». Des pères furent accusés d'inceste par leurs filles devenues adultes, qui suivaient une « thérapie de la mémoire retrouvée » (TMR). En 1992, s'est créée aux États-Unis la False Memory Syndrome Foundation (FMSF). De nombreux chercheurs et professeurs d'université américains ont travaillé sur ce sujet. Avec dix ans de retard, ce phénomène s'est développé en France. L'association Alerte Faux Souvenirs Induits (AFSI) a été créée en 2005. Un site internet, Francefms, a été créé en 2000. Il a pris le nom de Psyfmfrance en 2008. Si aujourd'hui le phénomène a fortement régressé aux États-Unis, il continue à se développer en Europe et en France4.
Tout ceci a déclenché une controverse qui fait rage. On retrouve des cliniciens et des chercheurs des deux côtés de la barricade. L'American Psychiatric Association s'est dite particulièrement inquiète de la tournure de ce « débat passionné » qui pourrait discréditer le témoignage de personnes traumatisées par un abus sexuel. Certains psychanalystes américains ont également déploré ce «cirque médiatique » qui banalise une souffrance profonde présente depuis longtemps et qui risque de rendre certains cliniciens sceptiques face à ces souvenirs qui font surface après des décennies. Des chercheurs du Centre de traumatologie de la clinique Harvard, auraient aussi démontré l'existence de souvenirs corporels qui ne peuvent être falsifiés.
Si la manipulation possible de la mémoire par des psys adeptes de l'abus-sexuel-cause-de-tous-les-maux pourrait faire du tort, qu'en est-il de l'impact négatif que cette « mode » a pu et peut encore avoir sur les victimes aux vrais souvenirs occultés ? En effet, depuis deux décennies, il semblerait qu'on se soit plus préoccupé du sort réservé à ces victimes aux souvenirs possiblement implantés, de même qu'à, il va sans dire, leurs agresseurs injustement accusés, qu'à celui réservé aux vraies victimes aux souvenirs retrouvés. Les organisations professionnelles américaines ont sans aucun doute eu raison de s'inquiéter de cette mode. Et il est à espérer que les organisations européennes sonneront aussi l'alarme.
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[1] Williams LM. Recall of Childhood Trauma : A prospective Study of Women's Memories of Child Sexual Abuse. J Consult Clin Pharmacol 1994; 62 (6) : 1167-1176.
[2] Côté J. La Controverse sur les Fausses Mémoires (extrait du livre de Jean Côté, psychologue, intitulé La Thérapie par le Tunnel, pp. 52-64), Provirtuel et Jean Côté, 2001.
[3] Landsberg, M. L'Etiquette de Mémoire Fictive est Inventée par un Groupe de Pression (paru dans le Toronto Star du 13 novembre 1993). Canadian Association of Sexual Assault Centers (CASAC) / Association Canadienne des Centres Contre les Agressions à Caractère Sexuel (ACCCACS).
[4] Axelrad B. Faux souvenirs et thérapies de la mémoire retrouvée. Science et pseudo-sciences, no 285, avril-juin 2009. En ligne : http://www.pseudo-sciences.org/spip.php?article1049.
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Autres billets sur les fausses allégations ou faux souvenirs
Contre les fausses allégations : Ma vie en pièces détachées par Maritée préface de Muriel Salmona

18/ Il s'avère que c'est l'ingestion d'un médicament – l'amobarbital –, qui peut induire sous hypnose la construction des faux 
souvenirs, et non pas l'hypnose seule
19/ Le point sur les fausses allégations ou faux souvenirs par Marie-Christine Gryson Dejehansart
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